23 February 2026
LEPTOSPIROSE À L'ÎLE MAURICE ET À LA RÉUNION : LES DANGERS BIOLOGIQUES LIÉS AU CLIMAT EXIGENT UNE ACTION URGENTE
La leptospirose a de nouveau frappé, cette fois touchant à la fois l'île Maurice et la Réunion.
À travers l'océan Indien, l'été signifie de plus en plus des précipitations extrêmes, des crues soudaines et une instabilité climatique. Des pluies torrentielles submergent les systèmes de drainage, les déchets s'accumulent, et l'eau stagnante devient un terrain fertile pour les rongeurs. Ces affections créent un environnement idéal pour la propagation de maladies, telles que la leptospirose, également appelée maladie de Weil, une infection bactérienne potentiellement mortelle causée par l'exposition à l'urine de rat et d'autres animaux, qui peut commencer par des symptômes légers de type grippal mais peut entraîner de graves lésions rénales et d'autres dommages graves.
Les épidémies simultanées sur deux îles de la même région ne sont pas fortuites. Le changement climatique accélère les risques biologiques. Pour les travailleurs de la construction le danger est immédiat. Sur les chantiers, ils sont régulièrement exposés aux crues, aux sols contaminés, à un assainissement inadéquat et à une gestion mal gérée des déchets. Après de fortes pluies et des inondations, ils sont souvent les premiers à dégager les débris et à commencer la reconstruction, augmentant leur exposition aux matériaux contaminés et aux zones infestées de rongeurs. Les travailleurs informels, migrants et sous-traitants sont exposés à une exposition encore plus grande, souvent sans équipement de protection adéquat, sans formation ou accès à la surveillance de la santé.
À Maurice, les syndicats réclament l'adoption immédiate d'un Règlement sur la collecte des déchets, longtemps retardé, en consultation depuis plus de 13 ans suite à une motion présentée par CTSP. Le règlement vise à prévenir l'exposition aux déchets sans protection, logistique et surveillance médicale appropriées, et à protéger la santé des travailleurs — en particulier dans les secteurs de la construction et de l'agriculture, où le contact avec des déchets contaminés et des débris d'inondation est fréquent. Au lieu de le mettre en œuvre, les autorités retardent le processus, invoquant un examen par le cabinet d'avocats de l'État. Parallèlement, la privatisation de la collecte des déchets s'est étendue, y compris le recrutement de travailleurs étrangers, en l'absence d'un cadre réglementaire clair régissant l'exposition biologique.
Combinée à l'accumulation de déchets liée au climat, cette lacune réglementaire augmente les risques pour les travailleurs des secteurs public et privé du nettoyage et de la collecte des déchets et nécessite d'urgence des protections contraignantes. Les risques biologiques représentent un risque structurel professionnel, aggravé par le changement climatique, la dégradation de l'environnement et les lacunes dans la réglementation et l'application.
La Convention nouvellement adoptée de l'OIT sur les dangers biologiques (C192), ainsi que la Recommandation 209, fournissent un cadre mondial pour faire face à ces risques. Sa mise en œuvre relève pleinement du droit fondamental à la sécurité et à la santé au travail, reconnu par l'OIT en 2022. Protéger les travailleurs contre les risques biologiques n'est donc pas optionnel — cela fait partie d'un droit fondamental au travail.
Elle impose aux gouvernements d'intégrer la gestion des risques biologiques dans leurs systèmes nationaux de sécurité et de santé au travail. Cela inclut des évaluations obligatoires des risques au travail, des obligations claires de l'employeur pour éliminer ou contrôler l'exposition, la fourniture d'équipements de protection individuelle appropriés, la formation, le renforcement de l'inspection du travail et la participation complète des travailleurs à la planification de la SST.
Les épidémies à Maurice et à la Réunion sont un avertissement, et les syndicats sur le terrain prennent des mesures pour réclamer la ratification de la convention 192 et pour s'assurer que les gouvernements la mettent pleinement en œuvre afin de prévenir de futures épidémies. Cette mesure doit désormais être prise plus largement.
Les dangers biologiques liés au climat ne représentent plus un risque futur. Ils sont là. Le mouvement ouvrier doit agir dès maintenant pour garantir des protections contraignantes à la hauteur de l'ampleur de la crise. La prévention doit remplacer la réaction.
Actions pour les syndicats afin de promouvoir la Convention de l'OIT sur les risques biologiques
1. Contactez votre gouvernement : Contactez le ministère concerné et demandez le début immédiat du processus de ratification pour la convention 192. La Convention entrera en vigueur une fois que deux gouvernements l'auront ratifiée. Obtenir au moins deux ratifications en 2026 est crucial. 2. Identifier les lacunes dans la législation existante : Évaluer les lacunes dans la législation nationale et exiger des amendements ou de nouvelles dispositions légales pour intégrer les protections contenues dans la convention 192 et sa recommeandation 209. 3. Intégrer des protections dans les conventions collectives Négocier des clauses sur les risques biologiques qui reflètent les normes de la convention 192 et sa recommendation 209 dans les conventions collectives, les contrats et les cadres sectoriels. Même lorsque les gouvernements retardent la ratification, les syndicats peuvent s'assurer que ces normes soient appliquées en pratique. 4. Demander une assistance technique aux bureaux nationaux et régionaux de l'OIT pour fournir une assistance technique à la ratification et à la mise en œuvre. Les syndicats peuvent à la fois chercher directement ce soutien et encourager les gouvernements à faire de même.
Pour aller plus loin :
Document d'action de la CSI sur C192 et R209 : https://www.ituc-csi.org/IMG/pdf/action_paper_biological_hazards_2026_en_v2.pdf#msdynmkt_trackingcontext=50721519-61fb-4f4a-b85f-82f71dbe0300&msdynmkt_prefill=mktprf180e582fed2c4c89b2bbf46430e7fe83eoprf
Briefing technique ITUC sur C192 et R209 : https://www.ituc-csi.org/IMG/pdf/technical_brief_biological_hazards_2026_en_v2.pdf#msdynmkt_trackingcontext=50721519-61fb-4f4a-b85f-82f71dbe0300&msdynmkt_prefill=mktprf180e582fed2c4c89b2bbf46430e7fe83eoprf