12 June 2026
DÉFENDRE L’ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES LORS DE LA 114ÊME CONFÉRENCE INTERNATIONALE DU TRAVAIL
L’égalité entre les femmes et les hommes dans le monde du travail s’est imposée comme l’un des enjeux centraux de la 114ème session de la Conférence internationale du Travail (CIT) de l’Organisation internationale du Travail (OIT). Ce qui était autrefois largement considéré comme une progression graduelle mais constante vers le progrès — l’égalité salariale, la protection contre la discrimination et la reconnaissance du caractère inacceptable de la violence et du harcèlement sur le lieu de travail — est aujourd’hui de plus en plus contesté. L’enjeu de cette Conférence n’était pas seulement l’adoption de nouvelles mesures, mais aussi la préservation des acquis obtenus de haute lutte au cours de décennies de lutte menée par les travailleurs et leurs organisations.
Les négociations au sein du Comité de l’OIT chargé de faire avancer le programme de transformation en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes se sont avérées particulièrement difficiles. Le gouvernement des États-Unis et un groupe de pays alliés ont cherché à redéfinir l’égalité entre les femmes et les hommes comme se limitant à la « non-discrimination fondée sur le sexe » et à supprimer toute référence à la discrimination intersectionnelle et aux politiques qui s’y rapportent. Une telle approche aurait considérablement restreint la compréhension des inégalités entre les sexes et affaibli la capacité des gouvernements, des employeurs et des organisations de travailleurs à lutter contre les formes multiples et chevauchantes de discrimination subies par de nombreux travailleurs. Ces tentatives ont finalement été rejetées. À l’issue d’un débat intense, la question a été soumise au vote, et c’est le concept plus large d’égalité entre les sexes, incluant les références à l’intersectionnalité, qui a prévalu.
Pour l’Internationale des Travailleurs du Bâtiment et du Bois (IBB), l’égalité entre les sexes va bien au-delà des droits formels et des protections juridiques. Elle est fondamentalement liée à la manière dont les sociétés et les économies sont organisées : comment le pouvoir, le temps, les opportunités et les ressources sont répartis. Des questions telles que : qui effectue le travail de soins non rémunéré, qui a accès à un emploi stable et décent, qui bénéficie de conditions de travail sûres et qui participe aux processus décisionnels ? sont essentielles pour parvenir à une véritable égalité. Par conséquent, les progrès en matière d’égalité entre les femmes et les hommes remettent souvent en cause des normes sociales profondément enracinées et des inégalités structurelles.
En étroite collaboration avec d’autres Fédérations Syndicales Internationales (FSI) et des délégués de groupes de travailleurs, l’IBB a joué un rôle actif pour obtenir plusieurs avancées importantes dans les conclusions de la Commission. Parmi les réalisations les plus significatives figurent l’intégration de politiques de Sécurité et de Santé au Travail (SST) tenant compte des questions de genre, ainsi que des mesures visant à lutter contre la violence et le harcèlement sur le lieu de travail. Il est important de noter que le Comité a également reconnu la violence et le harcèlement, y compris la violence et le harcèlement fondés sur le genre, comme des problèmes de sécurité et de santé au travail nécessitant des mesures préventives et de protection.
Ces résultats revêtent une importance particulière pour les travailleuses des secteurs représentés par l’IBB, où les questions de sécurité et de santé au travail ont souvent été abordées sous un angle « neutre en matière de genre », négligeant ainsi les risques et les vulnérabilités spécifiques auxquels les femmes sont confrontées. Les résultats de la Conférence apportent également un soutien international fort à la campagne mondiale de l’IBB lancée le 8 mars 2026. Cette campagne souligne l’importance de traiter la violence et le harcèlement comme des composantes à part entière de la santé et de la sécurité au travail, plutôt que de les considérer comme des préoccupations distinctes ou secondaires.
Les avancées obtenues lors de la 114ème Conférence internationale du Travail démontrent ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les dirigeantes syndicales s’unissent, restent solidaires dans leurs objectifs et persévèrent face à des négociations difficiles. À l’heure où l’égalité entre les femmes et les hommes est de plus en plus remise en cause dans les forums internationaux, ces résultats rappellent que les progrès ne sont ni inévitables ni permanents, mais qu’ils peuvent être défendus et fait avancer grâce à l’action collective, à la solidarité et à la détermination.